
Le travail de nuit bouscule le sommeil parce qu’il impose de veiller quand l’horloge biologique programme le repos, et de dormir quand elle programme l’éveil. En France, 3,5 millions de personnes travaillent la nuit, habituellement ou occasionnellement, soit 15,4 % des salariés (données de la Dares reprises par l’Anses)[1], et un avis de l’Anses de septembre 2026 estime que 55 à 75 % des actifs en emploi connaissent au moins une forme d’horaire atypique[2]. Pour une partie d’entre eux, la fatigue et les nuits hachées constituent un véritable trouble du sommeil : le trouble du travail posté. Voici ses signes, ses mécanismes, son diagnostic et les mesures évaluées par l’American Academy of Sleep Medicine (AASM) dans ses recommandations du 24 octobre 2026[3].
Il appartient aux troubles du rythme circadien veille-sommeil, comme le retard de phase ou le décalage horaire. La classification internationale des troubles du sommeil (ICSD-3-TR) le définit par une insomnie et/ou une somnolence excessive, avec réduction du temps de sommeil total, en lien avec des horaires de travail qui empiètent de façon récurrente sur la période habituelle de sommeil, depuis au moins trois mois, sans autre explication (maladie, autre trouble du sommeil, traitement)[4].
Tous les travailleurs de nuit ne le développent pas, mais il est fréquent : environ un travailleur de nuit sur trois présente des symptômes du trouble (32 % dans une enquête en population générale, contre 10 % des travailleurs de jour)[5], et des proportions comparables, de 32 à 38 % selon la méthode d’évaluation, ont été retrouvées chez des infirmières et infirmiers[6]. Les formes sévères, avec un retentissement marqué sur la vie quotidienne, concernent environ 9 % des travailleurs de nuit[5].
Notre horloge interne, située dans les noyaux suprachiasmatiques, tourne sur une période proche de 24 heures (24 h 10 en moyenne chez l’adulte en bonne santé, selon l’Inserm)[7]. Elle est remise à l’heure chaque jour par des synchroniseurs externes, que les chronobiologistes appellent Zeitgeber (« donneurs de temps », en allemand) ; le plus puissant est la lumière : la lumière du soir et de la nuit retarde l’horloge, celle du matin l’avance[7]. Le travailleur de nuit vit à contre-courant : exposé à la lumière la nuit, il rentre dans la clarté du matin, qui envoie à son horloge un signal d’éveil au moment où il veut dormir. Le sommeil de jour est court et peu profond, et une dette de sommeil s’accumule.
Cette désynchronisation dépasse le sommeil. Dans son expertise de 2016, l’Anses conclut à des effets avérés du travail de nuit sur le sommeil, la somnolence et le syndrome métabolique ; probables sur la santé psychique, les performances cognitives, l’obésité, le diabète de type 2, les maladies coronariennes et certains cancers (sein, prostate) ; possibles sur les dyslipidémies, l’hypertension artérielle et l’accident vasculaire cérébral ischémique[1].
Travail de nuit et sommeil
Ce que dit la science – chiffres clés
3,5 millions
de personnes travaillent la nuit en France, soit 15,4 % des salariés
Source : Dares, chiffres repris par l’Anses (2016)
1 sur 3
travailleurs de nuit présente des symptômes du trouble du travail posté (contre 1 sur 10 de jour)
Sources : Di Milia et al., PLoS One, 2013 ; Flo et al., PLoS One, 2012
24 h 10
période moyenne de l’horloge interne, remise à l’heure chaque jour par la lumière
Source : Inserm, dossier Chronobiologie (2026)
Effets du travail de nuit sur la santé
Expertise collective Anses, 2016
Sommeil, somnolence, syndrome métabolique
Santé psychique, cognition, obésité, diabète de type 2, maladies coronariennes, cancers (sein, prostate)
Dyslipidémies, hypertension artérielle, AVC ischémique
Centre du Sommeil de Provence – Aubagne · références complètes en fin d’article
Travail de nuit et sommeil : chiffres clés et niveaux de preuve[1,5–7].
Le diagnostic repose d’abord sur la consultation : plannings (nuits fixes, 3×8, 2×12), horaires de sommeil les jours travaillés et de repos, somnolence et retentissement quotidien. Des questionnaires complètent l’entretien : le test d’Epworth, l’index de sévérité de l’insomnie (ISI) ou le questionnaire de chronotype, qui éclaire pourquoi les personnes « du matin » supportent souvent mal les nuits.
La classification internationale recommande de documenter le rythme veille-sommeil pendant au moins 14 jours, travail et repos compris, par un agenda du sommeil et si possible une actimétrie, capteur porté au poignet qui objective la durée réelle du sommeil de jour[4]. La polysomnographie n’est pas systématique ; elle est indiquée si l’on suspecte une autre cause de somnolence, comme une apnée du sommeil, un syndrome des jambes sans repos ou une hypersomnie, que le travail de nuit peut révéler ou aggraver.
Le 24 octobre 2026, l’AASM a publié une recommandation de pratique clinique consacrée au traitement du trouble du travail posté[3], fondée sur une revue systématique de 118 études[8]. Toutes ses recommandations sont « conditionnelles », à adapter à chaque personne, avec un niveau de preuve le plus souvent très faible : un cadre, pas une ordonnance toute faite. Trois objectifs les organisent.
Pour les personnes qui travaillent toujours de nuit, une adaptation partielle est possible en combinant lumière vive pendant le poste, horaires de sommeil de jour fixes et lunettes sombres le matin. Pour les horaires tournants, cette adaptation n’est pas un objectif réaliste : l’effort porte sur la vigilance et la protection du sommeil[3].
Nuit de travail : mieux récupérer
La boîte à outils en 3 temps
Sieste programméeavant de partir ; laisser passer l’inertie du réveil avant de prendre le volant
Caféine en début de nuitjamais dans les dernières heures du poste, pour protéger le sommeil du matin
Lumière vive au travailpour soutenir la vigilance, seule ou associée à la caféine
Collation légèreplutôt qu’un repas complet au milieu de la nuit
Rotations dans le sens horaire(matin → après-midi → nuit) si le planning le permet
Lunettes sombres sur le trajetpour atténuer le signal d’éveil de la lumière du matin (vigilance au volant)
Chambre noire, silencieuse, fraîcheet horaires de sommeil fixes d’un jour à l’autre
Pas de somnifère ni de mélatoninesans avis médical
D’après les recommandations de l’AASM (24 octobre 2026), mesures « conditionnelles » à adapter avec votre médecin
Avant, pendant et après le poste de nuit : les mesures suggérées par l’AASM (2026) pour mieux récupérer[3].
Une consultation spécialisée est justifiée lorsque la somnolence persiste malgré les mesures d’hygiène du sommeil ou survient au volant, lorsque le sommeil de jour reste inférieur à 6 heures depuis plusieurs semaines[5], en présence de ronflements, de pauses respiratoires, d’impatiences dans les jambes ou d’endormissements irrépressibles, ou lorsque l’humeur se dégrade. Le bilan distingue le trouble du travail posté d’une autre pathologie du sommeil et permet de construire, avec le médecin du travail, un plan adapté à vos horaires[9].
Le Centre du Sommeil de Provence, agréé par la Société Française de Recherche et Médecine du Sommeil, vous reçoit à l’Hôpital privé La Casamance, à Aubagne. Vous pouvez réaliser nos tests de sommeil en ligne avant la consultation et prendre rendez-vous auprès de notre secrétariat. Les médecins peuvent également adresser un patient pour un bilan.
L’horloge interne ne se décale que lentement, et seulement si les signaux lumineux vont dans le bon sens. Avec des nuits fixes, une adaptation partielle est possible ; avec des horaires tournants ou un retour à une vie diurne les jours de repos, l’horloge ne s’adapte pas[3], d’où une fatigue persistante même après des années.
Un sommeil principal au retour, complété par une sieste avant le poste suivant[3], est souvent plus réaliste qu’une « nuit » complète de jour. L’essentiel est de totaliser un temps de sommeil suffisant sur 24 heures avec des horaires réguliers ; l’agenda du sommeil aide à trouver l’organisation qui vous convient.
L’AASM la suggère dans certaines situations, avec un faible niveau de preuve[3]. Son effet dépend du moment de la prise ; mal utilisée, elle peut décaler le rythme dans le mauvais sens ou provoquer une somnolence au volant. Elle se discute donc avec un médecin, jamais en automédication.
Ces informations s’appuient sur les recommandations de l’American Academy of Sleep Medicine, sur les expertises de l’Anses et sur des études publiées dans des revues médicales à comité de lecture.
Ces informations ne remplacent pas une consultation médicale. Ne modifiez pas un traitement sans l’avis de votre médecin. Publication : 30 octobre 2026.
Le Centre du Sommeil de Provence accompagne les patients dans le diagnostic et le traitement des troubles du sommeil. Situé à Aubagne, à côté de Marseille, au sein de l’Hôpital La Casamance, il réunit une équipe de médecins somnologues spécialisés pour vous aider à mieux dormir et retrouver un sommeil réparateur.
