Crier en pleine nuit sans se réveiller, se lever et déambuler, parler de façon confuse, manger sans s’en souvenir… Ces comportements surviennent pendant une phase précise du sommeil, le sommeil lent profond. On les appelle les parasomnies du sommeil lent profond. Très fréquentes chez l’enfant, elles sont le plus souvent bénignes et disparaissent avec l’âge. Elles justifient toutefois un avis médical lorsqu’elles sont fréquentes, dangereuses ou qu’elles apparaissent à l’âge adulte.
Le sommeil lent profond est la phase de sommeil la plus récupératrice. Chez les personnes prédisposées, la sortie de ce sommeil est incomplète : certaines zones du cerveau (celles qui commandent les mouvements et les émotions) s’activent comme à l’éveil, tandis que d’autres (celles du jugement et de la mémoire) restent endormies. La personne peut alors se lever, parler, crier ou manger, sans réagir normalement à son entourage, puis ne garder aucun souvenir, ou un souvenir très partiel, de l’épisode[1,2].
Ces troubles sont très fréquents chez l’enfant. Dans une grande étude canadienne qui a suivi près de 2 000 enfants, plus d’un tiers avaient des terreurs nocturnes vers 18 mois, et le somnambulisme culminait vers 10 ans (13 % des enfants). Le risque de somnambulisme passait de 22 % lorsqu’aucun parent n’avait été somnambule à 47 % avec un parent, et à 62 % avec les deux parents[3].
La personne se redresse ou s’assoit dans son lit, paraît désorientée, parle lentement ou de façon incohérente et répond mal aux questions, sans peur intense. Fréquents chez le jeune enfant, ces éveils surviennent aussi chez l’adulte, surtout après un manque de sommeil ou la prise d’alcool[1,2].
Lorsqu’un éveil confusionnel ou un épisode de somnambulisme entraîne une mise en danger grave, comme une chute par une fenêtre, on parle de syndrome d’Elpénor. Il a été décrit chez l’adulte, l’adolescent et aussi chez l’enfant. Le nom vient d’Elpénor, compagnon d’Ulysse dans l’Odyssée, qui se tua en tombant d’un toit en se réveillant brusquement[4,5].
Brusquement, l’enfant (ou l’adulte) crie ou pleure, l’air terrifié, avec le cœur qui bat vite, une respiration rapide, des sueurs. Il ne reconnaît pas ses parents et se calme difficilement. La crise dure en général quelques minutes, puis le sommeil reprend ; le lendemain, il n’en garde le plus souvent aucun souvenir[1,2].
La personne se lève et marche, parfois avec des gestes complexes : ouvrir des portes, descendre un escalier, sortir de la maison. Les yeux sont ouverts, mais le regard est vague. Le principal risque est la blessure (chute, coupure, sortie à l’extérieur)[1,2].
Au cours d’éveils partiels, la personne se lève pour manger, souvent de façon rapide, parfois des aliments inhabituels ou crus, avec un souvenir absent ou flou. Ce trouble expose à des brûlures, des coupures et à une prise de poids. Il est souvent associé à d’autres parasomnies, au syndrome des jambes sans repos ou à la prise de certains somnifères (notamment le zolpidem)[2,6].
L’énurésie (« pipi au lit » après l’âge de 5 ans) n’appartient pas aux parasomnies du sommeil lent profond, mais c’est un trouble du sommeil très fréquent chez l’enfant, qui peut s’y associer. Elle est bénigne sur le plan physique, mais pèse souvent sur la confiance en soi. Le médecin recherche une constipation, une infection urinaire, des ronflements ou des apnées du sommeil : chez certains enfants, traiter des apnées suffit à faire disparaître l’énurésie. Un traitement actif est recommandé à partir de 6 ans ; les deux traitements de première intention sont l’alarme d’énurésie et la desmopressine, sur prescription médicale[7]. Parlez-en d’abord à votre médecin traitant ou à votre pédiatre.
Dans une série de plus de 500 patients suivis dans un centre du sommeil, les épisodes étaient contrôlés chez la grande majorité ; pour un tiers d’entre eux, sans aucun médicament, grâce aux mesures d’hygiène du sommeil, au traitement d’un trouble du sommeil associé et à la gestion du stress[8].
Le manque de sommeil est le principal facteur favorisant. Gardez des horaires réguliers, y compris le week-end et pendant les vacances, et respectez la durée de sommeil adaptée à l’âge. Une courte sieste peut aider l’enfant fatigué.
Fenêtres et portes-fenêtres verrouillées, escaliers protégés par une barrière, objets dangereux rangés, couloirs dégagés. Évitez le lit en hauteur (mezzanine, lit superposé). Une alarme ou une clochette sur la porte de la chambre peut prévenir l’entourage.
Restez calme et parlez doucement. Ne cherchez pas à réveiller ni à retenir la personne, sauf danger : cela peut prolonger la crise ou la rendre agressive. Guidez-la simplement vers son lit.
Inutile de raconter en détail la crise à l’enfant ou de s’en moquer : cela peut l’inquiéter et augmenter l’anxiété au coucher, elle-même facteur favorisant.
Alcool chez l’adulte, coucher tardif, soirée agitée, écrans au lit, boisson abondante le soir (une vessie pleine peut déclencher un épisode). En cas de fièvre, les épisodes sont plus fréquents : surveillez la nuit.
Certains médicaments, en particulier certains somnifères, peuvent favoriser les épisodes ; ne les modifiez jamais sans avis médical. Traiter des apnées du sommeil ou un syndrome des jambes sans repos associés réduit souvent les crises[2,8].
Chez l’enfant dont les crises surviennent chaque nuit à la même heure, le médecin peut proposer des réveils programmés : réveiller doucement l’enfant 15 à 30 minutes avant l’heure habituelle de l’épisode, pendant quelques semaines. Cette méthode a été efficace dans de petites études[9] et doit être encadrée par un professionnel. Les médicaments sont rarement nécessaires et relèvent d’un avis spécialisé[2,8].
Commencez par en parler à votre médecin traitant ou à votre pédiatre. Conseil utile : si possible, filmez un épisode avec votre téléphone ; cette vidéo aide beaucoup le médecin.
Le bilan commence par une consultation avec un médecin du sommeil, qui précise le type d’épisodes, leur horaire, les facteurs favorisants et les antécédents familiaux. Si un enregistrement est nécessaire, le centre réalise une polysomnographie filmée sur 48 heures avec un EEG à 21 voies. Cet examen permet d’enregistrer les épisodes, de les distinguer d’une épilepsie ou d’un trouble du comportement en sommeil paradoxal et de rechercher un trouble associé, comme des apnées du sommeil. Le centre reçoit les enfants à partir de 5 ans.
Compte tenu de la demande, le délai pour une consultation est actuellement de plusieurs mois.
Le plus souvent non. Les terreurs nocturnes sont très fréquentes chez le jeune enfant et disparaissent généralement avec l’âge. Un avis médical est utile si les crises sont fréquentes, dangereuses ou s’accompagnent de ronflements ou de fatigue dans la journée.
Non, sauf danger immédiat. Mieux vaut le guider calmement vers son lit, sans le brusquer.
Oui, même s’ils débutent le plus souvent dans l’enfance. Chez l’adulte, une consultation est recommandée pour rechercher un facteur favorisant et éliminer une autre cause.
Oui. L’absence de souvenir, ou un souvenir très partiel, est caractéristique de ces parasomnies.
Références
Le Centre du Sommeil de Provence accompagne les patients dans le diagnostic et le traitement des troubles du sommeil. Situé à Aubagne, à côté de Marseille, au sein de l’Hôpital La Casamance, il réunit une équipe de médecins somnologues spécialisés pour vous aider à mieux dormir et retrouver un sommeil réparateur.
