
Pour la majorité des personnes souffrant d’apnée du sommeil, la pression positive continue (PPC) reste le traitement de référence. Mais certains patients ne la supportent pas, ou ne parviennent pas à l’utiliser chaque nuit, et l’orthèse d’avancée mandibulaire ne leur convient pas non plus. Pour eux, une autre solution existe désormais en France : la stimulation du nerf hypoglosse, aussi appelé nerf XII, par un petit dispositif implanté. Remboursée depuis 2024 dans des indications précises, elle ne s’adresse pas à tout le monde. Voici ce qu’il faut savoir.
Dans le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), les muscles de la gorge se relâchent pendant le sommeil. La langue et le voile du palais reculent et obstruent, partiellement ou complètement, le passage de l’air. Ces pauses respiratoires se répètent parfois des dizaines de fois par heure, fragmentent le sommeil et font baisser l’oxygène dans le sang. On mesure leur fréquence par l’index d’apnées-hypopnées (IAH) : le SAHOS est dit modéré entre 15 et 30 événements par heure, sévère au-delà de 30.
Le nerf hypoglosse commande les mouvements de la langue. Le stimulateur envoie, pendant le sommeil, une légère impulsion électrique sur ce nerf au moment de chaque inspiration. La langue avance alors légèrement et libère le passage de l’air, sans masque ni tuyau.
Le système comprend trois éléments implantés sous la peau :
Le soir, le patient active lui-même le dispositif avec une petite télécommande ; la stimulation démarre après un délai qui laisse le temps de s’endormir, et s’arrête le matin.
La Haute Autorité de santé (HAS) a fixé les situations dans lesquelles le dispositif est pris en charge par l’Assurance maladie. Toutes les conditions suivantes doivent être réunies :
Avant toute décision, une endoscopie sous sommeil induit est réalisée par l’équipe ORL : sous sédation légère, le chirurgien observe la façon dont les voies aériennes se ferment. Si l’obstruction est circulaire, au niveau du voile du palais (on parle de collapsus concentrique), la stimulation de la langue ne suffira pas, et le dispositif n’est pas proposé.
L’essai de référence, l’étude STAR, publiée en 2014 dans le New England Journal of Medicine, a suivi 126 patients en échec de PPC. Après un an, l’IAH médian est passé de 29,3 à 9,0 événements par heure, soit une baisse de 68 %, avec une amélioration de la somnolence et de la qualité de vie[1].
Pour vérifier que cet effet venait bien de la stimulation, une partie des patients ayant répondu au traitement a ensuite été tirée au sort : chez ceux dont l’appareil était éteint pendant une semaine, les apnées sont revenues à leur niveau de départ ; elles sont restées contrôlées chez ceux qui le gardaient allumé[2].
À cinq ans, parmi les patients qui ont accepté un nouvel enregistrement du sommeil, 75 % restaient « répondeurs » (IAH inférieur à 20 et réduit de plus de moitié). La proportion de patients ayant une somnolence normale était passée de 33 % à 78 %[3].
Une partie des patients n’a pas été réévaluée à cinq ans : en tenant compte de ces perdus de vue, le taux de répondeurs est estimé à 63 %[3]. Par ailleurs, la HAS a conditionné le renouvellement du remboursement à une étude de suivi en vie réelle menée en France[4].

Stimulation du nerf hypoglosse
Le parcours en 5 étapes
Diagnostic confirmé
SAHOS modéré à sévère, en échec de PPC et d’orthèse.
Bilan pré-implantation
Au Centre du Sommeil de Provence : enregistrement du sommeil, vérification des critères et des traitements essayés.
Avis ORL et implantation
Par une équipe ORL habilitée : endoscopie sous sommeil induit, recherche de contre-indications, puis pose sous anesthésie générale.
Activation
Mise en route quelques semaines après l’intervention, puis augmentation progressive de l’intensité.
Bilan post-implantation
Au Centre du Sommeil de Provence : enregistrement du sommeil pour vérifier l’efficacité et ajuster les réglages, puis suivi régulier.
À retenir : ce n’est pas un traitement de première intention, mais une solution validée pour des patients soigneusement sélectionnés, après échec des traitements habituels.
Sources : HAS, avis CNEDiMTS 2026 ; Strollo et al., 2014 ; Woodson et al., 2018.
Le bilan commence par la confirmation du diagnostic et de sa sévérité, grâce à une polysomnographie ou une polygraphie ventilatoire. Le Centre du Sommeil de Provence est habilité à réaliser les bilans pré-implantation et post-implantation. Avant toute orientation, votre médecin du sommeil vérifie que vous remplissez les critères et que les traitements de référence ont réellement été essayés dans de bonnes conditions : un masque mal adapté ou un réglage inadéquat de la PPC peuvent parfois être corrigés.
Si la stimulation du nerf hypoglosse peut être envisagée, nous vous adressons à nos équipes ORL partenaires, habilitées à poser et à mettre en place le stimulateur. Ce sont elles qui réalisent l’endoscopie sous sommeil induit et recherchent d’éventuelles contre-indications avant de confirmer l’indication. Après l’implantation et l’activation, vous revenez au centre pour le bilan post-implantation : un nouvel enregistrement du sommeil permet de vérifier l’efficacité de la stimulation et d’affiner les réglages.
La HAS a en effet réservé l’indication et l’implantation à des centres spécialisés dans les pathologies du sommeil, disposant d’une équipe pluridisciplinaire comprenant au minimum un anesthésiste, un chirurgien ORL formé à la technique et un infirmier de bloc opératoire[4]. Le nombre de patients concernés reste limité : la HAS l’estime entre 400 et 750 par an en France.
Il s’agit d’une intervention chirurgicale sous anesthésie générale, avec de petites incisions sous la mâchoire et sous la clavicule. Dans l’étude STAR, les complications graves liées à l’intervention ont concerné moins de 2 % des patients[1]. Les effets indésirables les plus fréquents, une gêne ou une sensibilité de la langue et un inconfort lié à la stimulation au début du traitement, sont le plus souvent passagers et s’améliorent avec les réglages.
Au début, on peut percevoir un léger mouvement de la langue. L’intensité est augmentée progressivement lors des consultations de réglage, pour trouver le niveau à la fois efficace et confortable.
Oui, sous conditions : le dispositif est compatible avec l’IRM dans le respect des consignes de sécurité du fabricant[4]. Signalez toujours votre implant avant un examen.
Oui. Le dispositif est pris en charge par l’Assurance maladie depuis l’arrêté du 17 juillet 2024, uniquement dans les indications fixées par la HAS[4]. Vous pouvez consulter l’avis officiel de la HAS pour le détail des conditions.
Oui. Comme pour tout traitement du SAHOS, l’efficacité doit être contrôlée par un enregistrement du sommeil, et les autres facteurs restent importants : poids, alcool le soir, position de sommeil. La somnolence doit aussi être réévaluée, notamment si vous conduisez (voir notre article sur la somnolence au volant).
Vous pensez avoir une apnée du sommeil non diagnostiquée ? Faites le test STOP-BANG et le test d’Epworth, puis parlez-en à votre médecin.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. L’indication d’un stimulateur du nerf hypoglosse relève d’une évaluation spécialisée et pluridisciplinaire.
Le Centre du Sommeil de Provence accompagne les patients dans le diagnostic et le traitement des troubles du sommeil. Situé à Aubagne, à côté de Marseille, au sein de l’Hôpital La Casamance, il réunit une équipe de médecins somnologues spécialisés pour vous aider à mieux dormir et retrouver un sommeil réparateur.
