Autisme (TSA) et sommeil : pourquoi les nuits sont-elles difficiles, et que faire ?

Illustration : chambre apaisée la nuit, symbole de l’infini et casque antibruit, évoquant l’autisme et le sommeil

Les troubles du sommeil font partie des difficultés les plus fréquentes et les plus invalidantes rencontrées par les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Ils touchent l’enfant comme l’adulte, aggravent les difficultés d’attention, d’anxiété et de régulation émotionnelle, et pèsent lourdement sur l’entourage. Pourtant, ils restent trop souvent considérés comme « faisant partie de l’autisme », alors qu’ils peuvent, dans la grande majorité des cas, être identifiés précisément et traités.

Des troubles du sommeil beaucoup plus fréquents que dans la population générale

Chez l’enfant, environ deux tiers des enfants autistes présentent une insomnie chronique[1]. Dans une large étude cas-témoins menée chez des enfants de 2 à 5 ans, les troubles du sommeil étaient plus de deux fois plus fréquents chez les enfants autistes que dans la population générale[2].

Chez l’adulte, les travaux sont plus récents mais vont dans le même sens. Une méta-analyse regroupant les études disponibles montre que les adultes autistes ont une moins bonne efficacité de sommeil, mettent plus de temps à s’endormir et passent plus de temps éveillés au cours de la nuit, que l’on se fonde sur les questionnaires ou sur les mesures objectives (polysomnographie, actimétrie), même si les effectifs étudiés restent modestes[3]. En France, une enquête menée par l’équipe strasbourgeoise du Pr Carmen Schröder auprès de 207 adultes autistes retrouve, par rapport à la population générale, des horaires de coucher et de lever plus tardifs, une moins bonne qualité de sommeil, davantage d’écrans le soir et une moindre exposition à la lumière du jour[15].

Ces difficultés ne disparaissent donc pas avec l’âge. Chez l’enfant, elles s’accompagnent de troubles du comportement dans la journée et d’un stress parental important[4] ; à tout âge, elles aggravent l’anxiété, l’irritabilité et les difficultés d’attention.

Pourquoi le sommeil est-il perturbé dans l’autisme ?

Plusieurs mécanismes se combinent, ce qui explique que chaque situation doive être analysée individuellement.

Une horloge biologique qui fonctionne différemment

La mélatonine est l’hormone qui signale à l’organisme l’arrivée de la nuit. Plusieurs études rapportent une production nocturne de mélatonine diminuée chez une partie des personnes autistes, avec des perturbations des rythmes veille-sommeil ; une sécrétion nocturne plus faible a par ailleurs été associée à des difficultés de communication sociale plus marquées[5]. Il en résulte des difficultés d’endormissement et, fréquemment, un retard de phase : la personne ne parvient pas à s’endormir avant une heure très tardive et peine à se lever le matin. Ce trouble du rythme circadien est particulièrement associé aux troubles du neurodéveloppement (TSA, TDAH) chez l’adolescent[6].

L’hyperéveil, les particularités sensorielles et l’anxiété

Un état d’hyperéveil (« hyperarousal ») et une dysrégulation sensorielle font partie des hypothèses avancées pour expliquer la fréquence de l’insomnie dans le TSA[1]. Une hypersensibilité au bruit, à la lumière, au contact des draps ou aux variations de température peut rendre l’endormissement très difficile. L’anxiété, très fréquente dans le TSA, s’exprime volontiers au coucher, moment où les pensées répétitives et les préoccupations reprennent le dessus.

Les troubles associés

Le TDAH, l’épilepsie, les troubles digestifs, la douleur ou certains traitements (notamment les psychostimulants ou certains antidépresseurs) peuvent chacun perturber le sommeil. Les recommandations de pratique insistent sur la recherche systématique de ces facteurs contributifs avant toute décision thérapeutique[7].

Quels troubles du sommeil rechercher ?

Le terme « trouble du sommeil » recouvre en réalité des diagnostics très différents, qui n’appellent pas les mêmes traitements :

  • L’insomnie (difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, réveil précoce) : c’est le trouble le plus fréquent[1,4].
  • Le retard de phase et les autres troubles du rythme circadien : l’horloge interne est décalée par rapport aux horaires sociaux[6].
  • Les parasomnies : terreurs nocturnes, somnambulisme, cauchemars, plus fréquents chez l’enfant.
  • Le syndrome des jambes sans repos, souvent lié à une carence en fer, qui provoque un besoin irrépressible de bouger les jambes le soir. En savoir plus sur le syndrome des jambes sans repos.
  • Le syndrome d’apnées du sommeil, à évoquer en cas de ronflement, de pauses respiratoires ou de fatigue diurne. Lire notre article sur l’apnée du sommeil.
  • La somnolence diurne excessive, qui peut révéler une dette de sommeil, une apnée ou, plus rarement, une hypersomnie centrale.

Chez une personne autiste, le repérage est parfois compliqué par les difficultés à décrire ses sensations. L’observation par l’entourage, l’agenda de sommeil et les enregistrements objectifs prennent alors toute leur importance.

Comment se déroule le bilan au centre du sommeil ?

La consultation commence par un entretien détaillé, complété si besoin par un agenda de sommeil tenu pendant deux à trois semaines. Selon les éléments recueillis, plusieurs examens peuvent être proposés :

  • L’actimétrie : un petit capteur porté au poignet pendant deux semaines enregistre les rythmes veille-sommeil à domicile. C’est un outil clé pour objectiver un retard de phase[6], particulièrement adapté aux personnes qui tolèrent mal les capteurs ; chez l’enfant autiste, sa fiabilité a été validée par rapport à la polysomnographie[17].
  • La polysomnographie : enregistrement complet d’une nuit, indispensable en cas de suspicion d’apnées, de mouvements périodiques des jambes ou de parasomnie atypique. Comment se déroule une polysomnographie ?
  • Les tests de vigilance diurne (TILE, TME) en cas de somnolence excessive.
Centre du Sommeil de Provence

Autisme et sommeil : le parcours du bilan

Enfants dès 5 ans et adultes

1

Consultation spécialisée

Entretien détaillé avec la personne et son entourage : sommeil, rythmes, particularités sensorielles, troubles associés, traitements.

2

Agenda de sommeil

Tenu pendant 2 à 3 semaines, à la maison, avec l’aide des proches si besoin.

3

Examens si nécessaire

  • Actimétrie à domicile
  • Polysomnographie
  • Tests de vigilance (TILE, TME)
4

Diagnostic précis

Insomnie, retard de phase, apnées, jambes sans repos, parasomnies… chaque trouble a son traitement.

5

Prise en charge et suivi

Mesures comportementales et sensorielles, mélatonine encadrée si besoin, traitement des troubles associés, puis réévaluation.

Un environnement adapté : visite préalable des locaux, pose des capteurs expliquée pas à pas, présence d’un proche si nécessaire.

Le parcours du bilan au Centre du Sommeil de Provence.

Quelles solutions ?

1. Les mesures comportementales en première intention

Les recommandations de pratique placent en premier lieu l’éducation des parents et les interventions comportementales[7] ; une synthèse de huit revues systématiques confirme que la mélatonine, les interventions comportementales et les programmes d’éducation parentale sont les approches les plus efficaces sur plusieurs dimensions du sommeil dans le TSA[8] :

  • horaires de coucher et surtout de lever réguliers, y compris le week-end ;
  • routine du soir prévisible, visualisée si besoin (pictogrammes, séquence écrite) ;
  • aménagement sensoriel de la chambre : obscurité, silence ou bruit blanc, température fraîche, literie adaptée. À noter : dans un essai randomisé, la couverture lestée n’a pas amélioré objectivement le sommeil des enfants autistes, même si enfants et parents la préféraient[9] ;
  • arrêt des écrans au moins une heure avant le coucher, et exposition à la lumière du jour le matin, qui aide à recaler l’horloge biologique[6] ;
  • activité physique régulière, mais pas en soirée.

Chez l’enfant, ces mesures doivent être mises en place avec un accompagnement des parents dans la durée. Elles ne suffisent cependant pas toujours : d’après la synthèse du Pr Carmen Schröder et de ses collègues, l’association hygiène du sommeil et thérapie comportementale améliore environ 25 % des enfants autistes, contre plus de 90 % des enfants au développement typique, ce qui justifie le recours en seconde ligne à la mélatonine[16].

Chez l’adulte, la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I), traitement de référence de l’insomnie chronique, peut être adaptée aux particularités sensorielles et de fonctionnement des personnes autistes. Un premier essai randomisé néerlandais, mené auprès de 163 adultes autistes avec un programme de TCC-I en ligne co-construit avec des personnes autistes, a montré une nette diminution de la sévérité de l’insomnie et de l’hyperéveil pré-sommeil, maintenue six mois après la fin du programme[13]. Une revue systématique souligne toutefois que les études restent peu nombreuses et de petite taille dans les troubles du neurodéveloppement[14].

2. La mélatonine

La mélatonine est le traitement médicamenteux le mieux évalué dans le TSA. Chez l’enfant et l’adolescent autiste dont le sommeil ne s’est pas amélioré avec les mesures comportementales, un essai randomisé contre placebo a montré, avec une forme pédiatrique à libération prolongée, un allongement du temps de sommeil total d’environ 30 minutes et une réduction du délai d’endormissement d’environ 25 minutes par rapport au placebo, avec une bonne tolérance (somnolence plus fréquente)[10]. Chez l’adulte, des recommandations d’experts internationaux (2021) soutiennent l’utilisation de la mélatonine à libération prolongée pour l’insomnie et de la mélatonine à faible dose pour les troubles du rythme circadien[11]. L’utilisation prolongée à doses faibles à modérées paraît sûre, mais les effets à long terme restent insuffisamment étudiés[12]. La prescription doit être encadrée médicalement : le moment de la prise est aussi important que la dose, et l’automédication avec des compléments alimentaires, dont la teneur réelle peut varier, est à éviter[12].

3. Traiter les troubles associés

Corriger une carence en fer, traiter des apnées, ajuster l’horaire d’un traitement du TDAH ou prendre en charge une anxiété permettent souvent d’améliorer nettement le sommeil. Un suivi après toute intervention est recommandé pour en évaluer l’efficacité et la tolérance[7].

Sommeil et autisme chez l’enfant : ce qu’il faut retenir

  • Très fréquent : environ deux enfants autistes sur trois présentent une insomnie chronique[1], et les troubles du sommeil sont plus de deux fois plus fréquents que dans la population générale[2].
  • Des signes à repérer : résistance au coucher, endormissement très long, réveils nocturnes prolongés, réveil très précoce, somnolence ou agitation dans la journée.
  • Un retentissement sur toute la famille : les troubles du comportement dans la journée et le stress parental sont associés au manque de sommeil[4].
  • Un dépistage systématique : les experts recommandent que tout enfant autiste soit interrogé sur son sommeil, et que les facteurs médicaux associés soient recherchés[7].
  • Les parents en première ligne : l’éducation parentale aux approches comportementales est le traitement de première intention[7,8] ; la mélatonine à libération prolongée vient en seconde ligne, sur prescription[10].

Le Centre du Sommeil de Provence reçoit les enfants en consultation et en polysomnographie dès 5 ans. À lire aussi : TDAH et troubles du sommeil.

Quand consulter un centre du sommeil ?

  • Difficultés d’endormissement dépassant 30 à 45 minutes, ou réveils nocturnes fréquents, plus de trois nuits par semaine depuis plus de trois mois.
  • Horaires de sommeil très décalés qui empêchent la scolarité, le travail ou la vie sociale.
  • Ronflement, pauses respiratoires, sommeil agité ou besoin de bouger les jambes le soir.
  • Somnolence ou fatigue diurne importante malgré un temps de sommeil suffisant.
  • Aggravation du comportement, de l’anxiété ou de l’attention parallèlement aux troubles du sommeil.
  • Échec des mesures comportementales mises en place depuis plusieurs semaines.

Le Centre du Sommeil de Provence, à Aubagne, à côté de Marseille, prend en charge les troubles du sommeil des enfants dès 5 ans et des adultes, y compris en présence d’un trouble du neurodéveloppement (TSA, TDAH). Le centre met également en place un groupe d’habiletés sociales pour les adultes avec TSA, animé par Célia Martinez, neuropsychologue.

En résumé

Dormir mal n’est pas une fatalité dans l’autisme. Derrière un « mauvais sommeil » se cachent des troubles précis, identifiables par un bilan adapté, et pour lesquels existent des solutions validées : aménagements comportementaux et sensoriels, mélatonine encadrée, traitement des troubles associés. Améliorer le sommeil, c’est aussi améliorer l’attention, l’humeur et la qualité de vie de la personne et de sa famille.

Références (articles indexés dans PubMed)

  1. Souders MC, Zavodny S, Eriksen W, et al. Sleep in children with autism spectrum disorder. Curr Psychiatry Rep. 2017;19(6):34. doi:10.1007/s11920-017-0782-x
  2. Reynolds AM, Soke GN, Sabourin KR, et al. Sleep problems in 2- to 5-year-olds with autism spectrum disorder and other developmental delays. Pediatrics. 2019;143(3):e20180492. doi:10.1542/peds.2018-0492
  3. Morgan B, Nageye F, Masi G, Cortese S. Sleep in adults with autism spectrum disorder: a systematic review and meta-analysis of subjective and objective studies. Sleep Med. 2020;65:113-120. doi:10.1016/j.sleep.2019.07.019
  4. Johnson KP, Zarrinnegar P. Autism spectrum disorder and sleep. Psychiatr Clin North Am. 2024;47(1):199-212. doi:10.1016/j.psc.2023.06.013
  5. Tordjman S, Najjar I, Bellissant E, et al. Advances in the research of melatonin in autism spectrum disorders: literature review and new perspectives. Int J Mol Sci. 2013;14(10):20508-20542. doi:10.3390/ijms141020508
  6. Narala B, Ahsan M, Ednick M, Kier C. Delayed sleep wake phase disorder in adolescents: an updated review. Curr Opin Pediatr. 2024;36(1):124-132. doi:10.1097/MOP.0000000000001322
  7. Malow BA, Byars K, Johnson K, et al. A practice pathway for the identification, evaluation, and management of insomnia in children and adolescents with autism spectrum disorders. Pediatrics. 2012;130(Suppl 2):S106-S124. doi:10.1542/peds.2012-0900I
  8. Cuomo BM, Vaz S, Lee EAL, et al. Effectiveness of sleep-based interventions for children with autism spectrum disorder: a meta-synthesis. Pharmacotherapy. 2017;37(5):555-578. doi:10.1002/phar.1920
  9. Gringras P, Green D, Wright B, et al. Weighted blankets and sleep in autistic children – a randomized controlled trial. Pediatrics. 2014;134(2):298-306. doi:10.1542/peds.2013-4285
  10. Gringras P, Nir T, Breddy J, Frydman-Marom A, Findling RL. Efficacy and safety of pediatric prolonged-release melatonin for insomnia in children with autism spectrum disorder. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry. 2017;56(11):948-957. doi:10.1016/j.jaac.2017.09.414
  11. Palagini L, Manni R, Aguglia E, et al. International expert opinions and recommendations on the use of melatonin in the treatment of insomnia and circadian sleep disturbances in adult neuropsychiatric disorders. Front Psychiatry. 2021;12:688890. doi:10.3389/fpsyt.2021.688890
  12. Givler D, Givler A, Luther PM, et al. Chronic administration of melatonin: physiological and clinical considerations. Neurol Int. 2023;15(1):518-533. doi:10.3390/neurolint15010031
  13. Spaargaren KL, Begeer S, Nieuwenhuis S, et al. Effectiveness of guided internet-delivered cognitive behavioral therapy for insomnia in autistic adults (i-Sleep Autism): a randomized controlled trial. Sleep. 2026 (publication en ligne). doi:10.1093/sleep/zsag199
  14. Cullen M, McCrory S, Hooman G, et al. Effectiveness of cognitive behavioural therapy for insomnia (CBT-I) in individuals with neurodevelopmental conditions: a systematic review. J Sleep Res. 2025;34(5):e70058. doi:10.1111/jsr.70058
  15. Reynaud E, Pottelette J, Rabot J, et al. Differential effects of COVID-related lockdown on sleep-wake rhythms in adults with autism spectrum disorder compared to the general population. Autism Res. 2022;15(5):945-956. doi:10.1002/aur.2692
  16. Schröder CM, Broquère MA, Claustrat B, et al. Approches thérapeutiques des troubles du sommeil et des rythmes chez l’enfant avec TSA. Encéphale. 2022;48(3):294-303. doi:10.1016/j.encep.2021.08.005
  17. Yavuz-Kodat E, Reynaud E, Geoffray MM, et al. Validity of actigraphy compared to polysomnography for sleep assessment in children with autism spectrum disorder. Front Psychiatry. 2019;10:551. doi:10.3389/fpsyt.2019.00551

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. Ne débutez ni n’arrêtez aucun traitement, y compris la mélatonine, sans avis médical.

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