
Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, fatigue qui ne passe pas : les troubles du sommeil accompagnent très souvent le parcours d’un cancer du sein, de l’annonce du diagnostic jusqu’aux années qui suivent les traitements. La mélatonine, « hormone de la nuit », suscite beaucoup d’intérêt et fait l’objet d’essais cliniques récents. Que peut-on réellement en attendre ? Le point sur les études et les recommandations pratiques.
Une méta-analyse de 51 études, regroupant plus de 28 000 femmes suivies pour un cancer du sein dans 17 pays, estime que 62 % d’entre elles décrivent un sommeil de mauvaise qualité, et près d’une sur quatre une somnolence excessive dans la journée. Ces troubles sont plus fréquents pendant les traitements qu’avant ou après. Les auteurs soulignent toutefois que le niveau de preuve de ces estimations reste faible, en raison de la grande diversité des études.
Les causes sont multiples et souvent associées : anxiété liée au diagnostic, douleurs, effets de la chimiothérapie, fatigue de la radiothérapie, bouffées de chaleur et ménopause induite par l’hormonothérapie, prise de poids, ou encore modification des horaires de vie. Insomnie, fatigue, anxiété et humeur dépressive forment souvent un ensemble de symptômes qui s’entretiennent mutuellement.
La mélatonine est sécrétée par la glande pinéale lorsque l’obscurité s’installe ; la lumière, en particulier en soirée et la nuit, freine cette sécrétion. C’est l’une des hypothèses qui relient le rythme veille-sommeil et le cancer du sein.
Ces résultats décrivent une association, pas une relation de cause à effet démontrée : d’autres facteurs (mode de vie, environnement urbain) peuvent intervenir. Ils invitent néanmoins à protéger la régularité du sommeil et l’obscurité de la chambre, ce qui est bénéfique pour tous.
Sur des cellules en culture et chez l’animal, la mélatonine montre des effets antitumoraux sur le cancer du sein : freinage de la prolifération cellulaire, de la formation de vaisseaux tumoraux et de la dissémination, effets antioxydants et immunitaires. Une revue systématique a recensé 75 études expérimentales allant dans ce sens.
À retenir : ces résultats de laboratoire ne permettent pas de conclure chez l’humain. Aucune étude ne montre à ce jour que la mélatonine traite le cancer du sein ou réduit le risque de récidive. Elle ne remplace en aucun cas les traitements prescrits par l’équipe d’oncologie.
Les essais cliniques récents s’intéressent surtout à la mélatonine comme soin de support : peut-elle améliorer le sommeil, la fatigue ou l’humeur pendant et après les traitements ? Les résultats sont encourageants mais contrastés.
Une méta-analyse publiée en 2026, regroupant 5 essais randomisés et 561 patientes, retrouve une diminution modérée de la fatigue et une amélioration de la qualité de vie globale et du fonctionnement cognitif sous mélatonine, sans effet significatif sur la dimension sommeil des questionnaires de qualité de vie. À l’inverse, un essai nord-américain en double aveugle (20 mg chaque soir, de la veille de la radiothérapie jusqu’à deux semaines après) n’a montré aucune différence sur la fatigue par rapport au placebo. La tolérance était bonne ; les effets indésirables les plus fréquents étaient des maux de tête, une somnolence et des douleurs abdominales.
Chez 40 patientes en chimiothérapie adjuvante, 6 mg de mélatonine par jour pendant 6 mois ont amélioré le délai d’endormissement, l’efficacité du sommeil et le score global de qualité du sommeil (index de Pittsburgh). Dans un autre essai, 20 mg pendant les dix jours encadrant la première cure ont été associés à de meilleures performances de mémoire et de fonctions exécutives chez 36 patientes, les auteurs suggérant aussi un effet favorable sur le sommeil et l’humeur.
Dans l’essai danois MELODY, 6 mg de mélatonine pendant les trois mois suivant la chirurgie ont réduit le risque d’apparition de symptômes dépressifs et augmenté le temps de sommeil, sans effet sur l’anxiété ni sur la qualité de sommeil ressentie. Un essai iranien rapporte moins de fatigue chez des patientes ayant pris 18 mg par jour depuis le début des traitements adjuvants jusqu’à deux ans après leur fin.
Sommeil, cancer du sein et mélatonine
L’essentiel des études récentes
des femmes suivies pour un cancer du sein décrivent un sommeil de mauvaise qualité, davantage pendant les traitements.
La thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I) est le traitement le plus efficace, avec des bénéfices aussi sur la fatigue, l’anxiété et l’humeur.
Mélatonine : effet modeste sur la fatigue en radiothérapie, amélioration du sommeil dans de petits essais, résultats parfois négatifs.
Aucune preuve que la mélatonine traite le cancer ou prévienne la récidive chez l’humain.
doses utilisées dans les essais, bien supérieures aux compléments alimentaires en vente libre (moins de 2 mg par jour).
de risque de cancer du sein associé à une forte exposition à la lumière la nuit (études d’observation, lien de cause non démontré).
À retenir : avant toute prise de mélatonine, demandez l’avis de votre oncologue. Son intérêt se discute au cas par cas, avec l’équipe d’oncologie et un médecin du sommeil.
Sources : Cheng et al., Sleep Health 2023 ; Nissen et al., JNCI Cancer Spectr 2024 ; Panhwar et al., Integr Cancer Ther 2026 ; Mukhopadhyay et al., Oncologist 2024 ; Luo et al., Front Public Health 2023 ; ANSES 2018. Références complètes en fin d’article.
Le traitement de première intention de l’insomnie reste la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I), y compris pendant et après un cancer (voir notre article sur la TCC-I). Une méta-analyse de 61 essais randomisés (6 528 participants) montre qu’elle est l’intervention la plus efficace sur la sévérité de l’insomnie, avec des bénéfices durables et des effets favorables sur la fatigue, l’anxiété et l’humeur. La mélatonine, la luminothérapie, l’activité physique ou la pleine conscience apportent des bénéfices, mais avec des preuves moins solides. Des versions courtes de la thérapie comportementale sont adaptées aux patientes en cours de traitement.
En France, les compléments alimentaires à base de mélatonine doivent apporter moins de 2 mg par jour ; les doses étudiées dans les essais (6 à 20 mg) sont donc très différentes de ce que l’on trouve en vente libre. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) déconseille ces compléments notamment aux personnes atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes, aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants et adolescents, et recommande un avis médical avant toute prise chez les personnes qui suivent un traitement médicamenteux.
Parlez-en d’abord à votre oncologue ou à votre médecin. L’intérêt de la mélatonine se discute au cas par cas, avec l’équipe d’oncologie et un médecin du sommeil, en tenant compte des traitements en cours, du type de trouble du sommeil et des autres solutions disponibles, en premier lieu la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie.
Signalez toujours à votre équipe soignante les compléments alimentaires que vous prenez, même « naturels ».
Un trouble du sommeil n’est pas une fatalité après un cancer. Certaines situations justifient un avis spécialisé, car elles relèvent d’un diagnostic et d’un traitement spécifiques :
Au Centre du Sommeil de Provence, à Aubagne, près de Marseille, nos médecins du sommeil évaluent l’origine des troubles et proposent une prise en charge adaptée : consultation spécialisée, thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie, et si nécessaire polysomnographie ou actimétrie, en lien avec votre équipe d’oncologie.
| Essai | Population | Mélatonine | Principaux résultats |
|---|---|---|---|
| Panhwar 2026 (méta-analyse) | 5 ECR, 561 patientes en radiothérapie adjuvante | Doses variables | Fatigue réduite (DMS −0,43), meilleure santé globale et fonction cognitive ; pas d’effet sur le domaine sommeil |
| Mukhopadhyay 2024 | 79 patientes, radiothérapie (analyse intermédiaire) | 20 mg/j, de J−1 à 2 semaines après la RT | Pas de différence sur la fatigue (FACIT-F) ; bonne tolérance |
| Sadeghi Yazdankhah 2025 | 100 patientes, radiothérapie | 20 mg/j pendant la RT | Fatigue, anxiété et dépression plus basses que sous placebo |
| SeddighShamsi 2026 | 40 patientes, chimiothérapie adjuvante | 6 mg/j, 6 mois | Amélioration de la latence, de l’efficacité du sommeil et du PSQI |
| Palmer 2020 | 36 patientes, 1re cure de chimiothérapie | 20 mg/j, 10 jours | Meilleures fonctions exécutives, mémoire épisodique et fluence verbale ; effet suggéré sur le sommeil et l’humeur |
| MELODY (Hansen 2014) | Patientes opérées d’un cancer du sein | 6 mg/j, 3 mois | Moins de symptômes dépressifs, temps de sommeil augmenté ; pas d’effet sur l’anxiété |
| Sedighi Pashaki 2023 | 92 patientes, traitements adjuvants | 18 mg/j, jusqu’à 2 ans après les traitements | Fatigue plus faible (BFI) sur le long terme |
ECR : essai contrôlé randomisé ; RT : radiothérapie ; DMS : différence moyenne standardisée ; PSQI : index de qualité du sommeil de Pittsburgh ; BFI : Brief Fatigue Inventory.
Références
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. Ne modifiez jamais un traitement du cancer, et ne débutez aucun complément alimentaire, sans l’avis de votre équipe soignante.
Le Centre du Sommeil de Provence accompagne les patients dans le diagnostic et le traitement des troubles du sommeil. Situé à Aubagne, à côté de Marseille, au sein de l’Hôpital La Casamance, il réunit une équipe de médecins somnologues spécialisés pour vous aider à mieux dormir et retrouver un sommeil réparateur.
