Passage à l’heure d’hiver : comment s’adapter sans perdre le sommeil

Personne endormie au petit matin d'automne, réveil sur la table de nuit : passage à l'heure d'hiver

Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 h du matin, il sera 2 h : la France repasse à l’heure d’hiver. On « gagne » une heure de sommeil, et ce changement est réputé plus facile que celui du printemps. Les études montrent pourtant qu’il bouscule l’horloge biologique pendant plusieurs jours, et qu’il marque surtout l’entrée dans la saison des journées courtes, à laquelle certains d’entre nous sont plus sensibles. Voici ce que dit la science, et comment s’adapter en douceur.

Pourquoi une heure de décalage perturbe-t-elle notre sommeil ?

Notre organisme est réglé par une horloge interne, située dans le cerveau, qui organise sur 24 heures le sommeil, la vigilance, la température corporelle et la sécrétion d’hormones comme la mélatonine. Cette horloge se remet à l’heure chaque jour grâce à un signal principal : la lumière du matin. Lorsque l’heure légale change, nos horaires sociaux (travail, école, repas) se décalent d’un coup, alors que l’horloge interne, elle, met plusieurs jours à suivre. C’est un petit « jet lag » sans voyage.

Le passage à l’heure d’hiver recule les horloges : pendant quelques jours, notre horloge interne garde une heure d’avance sur l’heure légale. Elle nous réveille et nous donne sommeil une heure « trop tôt ». L’heure de sommeil supplémentaire promise n’est pas toujours au rendez-vous. Une revue de la littérature publiée dans Sleep Medicine Reviews conclut qu’il existe peu de preuves d’un réel gain de sommeil la nuit du changement, et que les réveils plus précoces des jours suivants aboutissent plutôt à une perte nette de sommeil sur la semaine. Une étude par actimétrie a également mesuré davantage d’agitation nocturne et une moins bonne qualité de sommeil autour des deux transitions, les personnes « du matin » étant les plus gênées par le passage à l’heure d’hiver, et les personnes sensibles aux saisons souffrant davantage des deux changements.

Ce que montrent les études sur le changement d’automne

Avec l’heure d’hiver, le lever du soleil se rapproche de l’heure du réveil : l’horloge interne reçoit plus tôt le signal lumineux matinal qui la synchronise. C’est l’une des raisons pour lesquelles le changement d’automne est, pour la plupart des gens, mieux toléré que celui du printemps, où l’on se lève dans l’obscurité pendant plusieurs semaines.

Les données sont rassurantes sur le plan cardiovasculaire. Une méta-analyse de 12 études menées dans 10 pays retrouve une légère augmentation du risque d’infarctus du myocarde dans les semaines suivant le passage à l’heure d’été (+4 %), mais pas d’augmentation significative après le passage à l’heure d’hiver. Le point de vigilance est ailleurs : une étude danoise portant sur plus de 185 000 hospitalisations a observé une hausse de 11 % de l’incidence des épisodes dépressifs dans les semaines suivant le retour à l’heure d’hiver, effet qui s’estompe en une dizaine de semaines, alors qu’aucune hausse n’était observée au printemps. Les auteurs l’attribuent au coucher du soleil soudainement avancé, qui marque l’entrée dans la longue période des journées courtes.

Centre du Sommeil de Provence

Changement d’heure : ce que disent les études

Sommeil

Pas de vrai « gain » d’une heure la nuit du changement

Réveils plus précoces et sommeil plus agité pendant la semaine

Les « lève-tôt » sont les plus gênés en automne — Harrison 2013 ; Lahti 2008

+ 4 %

Cœur

d’infarctus après le passage à l’heure d’été (printemps)

Pas de hausse significative après le passage à l’heure d’hiver — méta-analyse, 12 études, 10 pays (Hurst 2024)

+ 11 %

Moral

d’épisodes dépressifs dans les semaines suivant l’heure d’hiver

Effet transitoire (≈ 10 semaines), absent au printemps — registre danois, 185 419 cas (Hansen 2017)

Sources : Harrison 2013 ; Lahti et al. 2008 ; Hurst et al. 2024 ; Hansen et al. 2017

Effets documentés des changements d’heure sur le sommeil, le cœur et l’humeur.

Qui est le plus sensible au passage à l’heure d’hiver ?

  • Les « lève-tôt » (chronotype du matin), dont l’horloge, déjà en avance, se retrouve encore plus précoce : réveils à 5 h du matin les premiers jours.
  • Les personnes sensibles aux saisons : baisse d’énergie, envie de sucre, hypersomnie ou moral en berne chaque automne. Le changement d’heure agit comme un signal de départ de l’hiver. Lorsque ces symptômes reviennent chaque année et pèsent sur le quotidien, on parle de trouble affectif saisonnier.
  • Les enfants et les personnes âgées, dont les horaires de sommeil sont moins souples.
  • Les personnes au sommeil fragile : insomnie, apnées du sommeil, travail posté, horaires irréguliers.
  • Les personnes vivant avec un trouble de l’humeur (dépression, trouble bipolaire), chez qui l’horloge biologique est souvent déjà perturbée et pour qui la lumière est un levier thérapeutique à part entière.

Comment s’adapter en douceur : le programme de la semaine

Centre du Sommeil de Provence

Passage à l’heure d’hiver : votre programme

1

Jeudi – vendredi

Coucher 15 à 20 min plus tard chaque soir (idem pour les enfants, repas et bain compris)

2

Nuit du 24 au 25

À 3 h, il est 2 h. Pas de grasse matinée prolongée : levez-vous à votre heure habituelle

3

Dimanche

Lumière du jour dès le réveil, 30 min dehors. Repas aux nouveaux horaires, sieste courte

4

Lundi – mercredi

Lever à heure fixe, lumière le matin, sport en journée, écrans éteints 1 h avant le coucher

5

Les semaines suivantes

Fatigue, réveils précoces ou moral en baisse qui persistent au-delà de 2 à 3 semaines : consultez

La règle d’or : un lever régulier et de la lumière le matin, des soirées tamisées.

Limitez café, thé et sodas après 14 h ; chambre sombre, calme, 18-20 °C.

Un programme simple pour accompagner l’horloge biologique.

Le principe est le même que pour un décalage horaire : donner à l’horloge interne des repères stables et bien placés. L’heure de lever est le repère le plus puissant, bien plus que l’heure de coucher. Décaler progressivement les horaires les jours précédents, se lever le dimanche à l’heure habituelle (nouvelle heure) et s’exposer à la lumière naturelle dans l’heure qui suit le réveil suffisent, pour la majorité des personnes, à absorber le décalage en deux ou trois jours.

La lumière du matin, l’alliée de l’heure d’hiver

Avec l’heure d’hiver, les matinées sont de nouveau claires : c’est l’occasion d’en profiter. La lumière reçue le matin avance l’horloge biologique et renforce la vigilance de la journée ; la lumière reçue le soir la retarde et gêne l’endormissement. Une méta-analyse de 22 études coordonnée par les centres du sommeil de Strasbourg et de l’hôpital Bichat (Paris) montre que la luminothérapie améliore le maintien du sommeil chez les personnes insomniaques, en réduisant le temps d’éveil nocturne, sans effet indésirable notable lorsqu’elle est pratiquée le matin.

Pour les personnes dont le moral baisse à l’automne, la lumière est aussi un traitement à part entière. Une méta-analyse française a comparé directement luminothérapie et antidépresseurs dans les épisodes dépressifs caractérisés : sur 397 patients, la luminothérapie seule faisait aussi bien qu’un antidépresseur, et l’association des deux faisait mieux que l’antidépresseur seul, y compris dans les dépressions non saisonnières. Les règles pratiques retenues par les spécialistes de chronobiologie sont simples : une exposition d’environ 30 minutes, chaque matin, à heure régulière, devant une lampe d’au moins 10 000 lux, sans regarder la source directement.

Luminothérapie : mode d’emploi

  • Quand : le matin, dans l’heure qui suit le réveil, tous les jours à la même heure. Jamais le soir, sauf avis médical.
  • Combien : environ 30 minutes devant une lampe de 10 000 lux (marquage CE), placée à 30-50 cm, yeux ouverts, sans fixer la source.
  • Pendant combien de temps : de l’automne jusqu’au printemps pour les formes saisonnières, à discuter avec votre médecin.
  • Précautions : avis ophtalmologique en cas de maladie de la rétine ou de glaucome ; avis psychiatrique en cas de trouble bipolaire (risque de virage de l’humeur). Dans tous les cas, parlez-en à votre médecin avant de commencer.
  • Le plus simple reste la lumière naturelle : une marche de 30 minutes le matin apporte, même par temps couvert, bien plus de lumière qu’un intérieur éclairé.

Et les enfants ?

Les tout-petits ne lisent pas l’heure : leur horloge se réveillera dimanche à l’heure de la veille, soit une heure « trop tôt ». Le plus efficace est d’anticiper en décalant l’ensemble de la routine (repas, bain, histoire, coucher) de 10 à 15 minutes par jour pendant les 3 ou 4 jours précédents. Le dimanche, une sortie en plein air le matin, puis des horaires de repas calés sur la nouvelle heure, aident le reste à suivre. Chez l’enfant plus grand et l’adolescent, souvent « du soir », le passage à l’heure d’hiver est en général mieux toléré que celui du printemps ; on veillera surtout à ne pas laisser la grasse matinée du dimanche annuler le bénéfice du décalage.

Quand consulter ?

  • Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes ou réveils très précoces qui persistent plus de deux à trois semaines après le changement d’heure.
  • Somnolence dans la journée, baisse de concentration, difficultés au volant.
  • Baisse du moral, perte d’élan, besoin de sommeil ou d’aliments sucrés nettement accrus à chaque automne : évaluez votre sensibilité aux saisons avec notre test de saisonnalité (SPAQ) en ligne.
  • Insomnie installée depuis plus de trois mois, quelle qu’en soit la cause apparente.
  • Horaires de sommeil très décalés (coucher après 2 h, réveils impossibles le matin) chez un adolescent ou un adulte.

Au Centre du Sommeil de Provence, à Aubagne, près d’Aix-en-Provence et de Marseille, nous évaluons les troubles du rythme veille-sommeil par un interrogatoire spécialisé et, si besoin, une actimétrie (un bracelet porté deux semaines qui enregistre vos rythmes). Nous proposons des protocoles de luminothérapie et de chronothérapie personnalisés, chez l’adulte comme chez l’enfant dès 5 ans. Voir aussi notre page sur l’insomnie.

Prendre rendez-vous

Pour aller plus loin, lisez notre article sur le trouble affectif saisonnier (dépression hivernale), retrouvez nos autres conseils pour mieux dormir, et testez votre somnolence avec notre test d’Epworth en ligne ou votre sensibilité aux saisons avec le test SPAQ.

Références

  1. Harrison Y. The impact of daylight saving time on sleep and related behaviours. Sleep Med Rev. 2013;17(4):285-292. doi:10.1016/j.smrv.2012.10.001
  2. Lahti TA, Leppämäki S, Lönnqvist J, Partonen T. Transitions into and out of daylight saving time compromise sleep and the rest-activity cycles. BMC Physiol. 2008;8:3. doi:10.1186/1472-6793-8-3
  3. Hansen BT, Sønderskov KM, Hageman I, Dinesen PT, Østergaard SD. Daylight savings time transitions and the incidence rate of unipolar depressive episodes. Epidemiology. 2017;28(3):346-353. doi:10.1097/EDE.0000000000000580
  4. Hurst A, Morfeld P, Lewis P, Erren TC. Daylight saving time transitions and risk of heart attack. Dtsch Arztebl Int. 2024;121(15):490-496. doi:10.3238/arztebl.m2024.0078
  5. Geoffroy PA, Schroder CM, Reynaud E, Bourgin P. Efficacy of light therapy versus antidepressant drugs, and of the combination versus monotherapy, in major depressive episodes: a systematic review and meta-analysis. Sleep Med Rev. 2019;48:101213. doi:10.1016/j.smrv.2019.101213
  6. Chambe J, Reynaud E, Maruani J, Fraih E, Geoffroy PA, Bourgin P. Light therapy in insomnia disorder: a systematic review and meta-analysis. J Sleep Res. 2023;32(6):e13895. doi:10.1111/jsr.13895
  7. Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV). Passage à l’heure d’hiver, ce qu’il faut savoir. institut-sommeil-vigilance.org

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale.

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