
Chaque automne, la même pente : moins d’énergie, un sommeil qui s’allonge sans reposer, des envies de sucre, un moral qui s’assombrit avec les jours, puis une remontée spontanée au printemps. Ce tableau, qui dépasse le simple « coup de blues » de l’hiver, porte un nom : le trouble affectif saisonnier, ou dépression saisonnière. Il est fréquent, bien identifié et se traite efficacement, en particulier par la lumière. Voici comment le reconnaître et quelles solutions existent.
Le trouble affectif saisonnier n’est pas une maladie à part : les classifications internationales le définissent comme une dépression (ou, plus rarement, un trouble bipolaire) à caractère saisonnier. Les épisodes dépressifs surviennent à la même période de l’année, le plus souvent de l’automne au début de l’hiver, et disparaissent complètement à une autre saison, en général au printemps. Pour retenir le diagnostic, ce rythme doit s’être répété au moins deux années de suite, et les épisodes saisonniers doivent être nettement plus nombreux que les éventuels épisodes survenus hors saison.
Il est fréquent. Selon une méta-analyse de 24 études réunissant près de 33 000 participants, environ 5 % de la population présente une forme caractérisée, et 9 % une forme atténuée (« sous-syndromique »), avec une fréquence qui augmente avec la latitude, c’est-à-dire avec la brièveté des journées d’hiver. Une forme estivale, beaucoup plus rare (moins de 1 %), existe également. Les femmes, les jeunes adultes (18 à 30 ans) et les personnes ayant des antécédents familiaux de troubles de l’humeur sont plus exposés.
La dépression hivernale se distingue de la dépression « classique » par des symptômes dits atypiques, où le sommeil et l’appétit augmentent au lieu de diminuer.

Dépression hivernale : les signes qui reviennent chaque année
Ce qui augmente
Symptômes « atypiques », caractéristiques de la forme hivernale
Ce qui diminue
Symptômes communs à toute dépression
Début à l’automne, rémission complète au printemps, au moins deux années de suite.
Beaucoup de personnes ressentent une version atténuée de ce tableau, parfois appelée « blues hivernal » : baisse d’énergie et d’entrain, sans retentissement majeur sur la vie quotidienne. On parle de trouble affectif saisonnier lorsque les symptômes réunissent les critères d’un épisode dépressif caractérisé et altèrent réellement le fonctionnement : travail, études, relations, activités.
Le point commun des formes hivernales est le manque de lumière. La lumière du jour, captée par des cellules spécialisées de la rétine, synchronise chaque matin l’horloge biologique et régule la sécrétion de mélatonine, l’hormone de la nuit. Quand les journées raccourcissent et que l’on se lève avant le jour, cette synchronisation se dérègle chez les personnes prédisposées : l’horloge interne a tendance à retarder, la mélatonine persiste plus longtemps le matin, et des réseaux impliqués dans l’humeur, notamment ceux de la sérotonine, fonctionnent au ralenti. C’est ce mécanisme qui explique l’efficacité de la luminothérapie et l’intérêt de profiter de la lumière naturelle, notamment après le passage à l’heure d’hiver, qui ramène le lever du soleil plus près de l’heure du réveil.
Le diagnostic est clinique. Le médecin recherche l’existence d’un épisode dépressif caractérisé, sa répétition saisonnière sur au moins deux ans et sa rémission complète hors saison. Il écarte les autres causes de fatigue et de somnolence hivernales : hypothyroïdie, carence en fer ou en vitamine D, apnées du sommeil, hypersomnie, effets de certains médicaments. Un questionnaire de saisonnalité (SPAQ, que vous pouvez remplir en ligne sur notre site) et un agenda du sommeil aident à objectiver le rythme des symptômes ; en cas de doute sur un trouble du rythme veille-sommeil associé, une actimétrie permet d’enregistrer les horaires réels de sommeil sur deux semaines.

Trois traitements de première intention, seuls ou combinés
Luminothérapie
10 000 lux, 30 min chaque matin. Effet en 1 à 2 semaines, à poursuivre jusqu’au printemps
Efficacité confirmée par méta-analyse (19 essais randomisés)
Psychothérapie (TCC)
Programme adapté à la saisonnalité, aussi efficace que la lumière sur l’épisode en cours
Moins de rechutes au 2ᵉ hiver (27 % contre 46 %)
Antidépresseurs
Formes modérées à sévères, ou en prévention, démarrés avant la saison à risque
Association lumière + antidépresseur supérieure à l’antidépresseur seul
Le choix dépend de la sévérité, des antécédents et des préférences du patient ; il relève du médecin.
C’est le traitement le plus étudié dans la dépression saisonnière, utilisé depuis plus de trente ans. Une méta-analyse de 19 essais randomisés confirme sa supériorité sur le placebo, avec une probabilité de réponse accrue d’environ 40 %. Le protocole habituel est une exposition de 30 minutes chaque matin, à heure régulière, devant une lampe de 10 000 lux, les yeux ouverts, sans regarder la source directement. L’amélioration apparaît souvent en une à deux semaines ; le traitement est poursuivi jusqu’au retour des jours longs. Les effets indésirables sont rares et bénins (maux de tête, fatigue oculaire, nervosité en début de traitement). Deux précautions : un avis ophtalmologique en cas de maladie de la rétine ou de glaucome, et un avis psychiatrique en cas de trouble bipolaire, la lumière pouvant déclencher un virage de l’humeur.
Un programme de TCC spécifiquement adapté à la saisonnalité a été comparé à la luminothérapie dans un essai randomisé de 177 patients : sur l’épisode en cours, les deux approches étaient aussi efficaces. Deux hivers plus tard, les personnes ayant suivi la TCC rechutaient moins souvent (27 % contre 46 %), ce qui en fait une option intéressante pour prévenir les récidives.
Ils gardent leur place dans les formes modérées à sévères, ou lorsque la luminothérapie est insuffisante ou mal tolérée. Dans les épisodes dépressifs caractérisés, saisonniers ou non, une méta-analyse de 397 patients montre que la luminothérapie fait aussi bien qu’un antidépresseur et que l’association des deux fait mieux que l’antidépresseur seul. Chez les personnes qui rechutent chaque hiver, un traitement préventif, débuté à l’automne avant l’apparition des symptômes, peut être proposé.
Et au quotidien ?
Au Centre du Sommeil de Provence, à Aubagne, près d’Aix-en-Provence et de Marseille, l’évaluation associe les compétences de psychiatrie et de médecine du sommeil : recherche d’un trouble de l’humeur, d’un trouble du rythme veille-sommeil ou d’une autre cause de somnolence (polysomnographie, tests de vigilance si nécessaire), puis mise en place d’un protocole de luminothérapie et de chronothérapie personnalisé.
Pour aller plus loin : notre article Passage à l’heure d’hiver : comment s’adapter sans perdre le sommeil, notre test de saisonnalité (SPAQ), et nos autres conseils pour mieux dormir.
Références
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale.
Le Centre du Sommeil de Provence accompagne les patients dans le diagnostic et le traitement des troubles du sommeil. Situé à Aubagne, à côté de Marseille, au sein de l’Hôpital La Casamance, il réunit une équipe de médecins somnologues spécialisés pour vous aider à mieux dormir et retrouver un sommeil réparateur.
