Syndrome des jambes sans repos : reconnaître les impatiences, poser le diagnostic et se soigner

Syndrome des jambes sans repos : sensations désagréables et besoin de bouger les jambes au coucher

Un besoin irrépressible de bouger les jambes le soir, des sensations désagréables qui s’apaisent dès que l’on marche et reviennent au repos : ces « impatiences » évoquent un syndrome des jambes sans repos (SJSR), aussi appelé maladie de Willis-Ekbom. Fréquent mais souvent méconnu, il perturbe l’endormissement et la qualité de vie. Voici comment le reconnaître, quels examens sont utiles et comment il se traite aujourd’hui.

Le syndrome des jambes sans repos en quelques chiffres

Le SJSR est une affection neurologique sensori-motrice fréquente. En France, une étude nationale estime sa prévalence à 8,5 % des adultes, avec près de deux femmes pour un homme. Près de 2 % de la population en souffrirait quotidiennement. Chez l’enfant, la prévalence est de 2 à 4 %, et nettement plus élevée en cas de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Une histoire familiale est retrouvée chez plus de 40 % des patients, et des antécédents familiaux sont présents chez 71 à 80 % des enfants atteints.

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Le SJSR en France : chiffres clés

8,5 %

des adultes

10,8 % des femmes, 5,8 % des hommes

1,9 %

ont des symptômes quotidiens

2–4 %

des enfants

jusqu’à 15–35 % en cas de TDAH

> 40 %

de formes familiales

Sources : étude INSTANT (Tison et al., 2005) ; consensus SFRMS 2018-2019

Prévalence du syndrome des jambes sans repos (données françaises et consensus SFRMS).

Comment reconnaître un syndrome des jambes sans repos ?

Le diagnostic est avant tout clinique : il repose sur l’interrogatoire, idéalement mené par un médecin spécialiste du sommeil ou un neurologue. Selon les critères internationaux (IRLSSG, 2014), repris par le consensus français de la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS), quatre critères doivent être réunis, et un cinquième permet d’écarter les autres causes.

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Les 4 critères essentiels + 1 critère d’exclusion

1

Besoin impérieux de bouger les jambes

le plus souvent accompagné de sensations désagréables

2

Déclenché ou aggravé par le repos

position allongée ou assise, immobilité forcée

3

Soulagé par le mouvement

marche, étirements, tant que l’activité dure

4

Prédominance le soir ou la nuit

pic habituel entre minuit et 1 h du matin

5

Exclusion des autres causes (« mimics »)

  • Crampes, inconfort positionnel
  • Insuffisance veineuse, œdème
  • Neuropathie, arthrite
  • Akathisie médicamenteuse
  • Douleurs de croissance (enfant)

Ce 5ᵉ critère porte la spécificité à plus de 90 %

D’après les critères IRLSSG 2014 et le consensus SFRMS

Les critères diagnostiques du SJSR.

Les sensations décrites sont très variables : décharges électriques, picotements, brûlures, fourmillements, « comme des vers dans les jambes » ou « de l’eau qui coule ». Elles sont vécues comme douloureuses par une proportion importante de patients. Elles siègent le plus souvent en profondeur, dans les mollets, de façon bilatérale, et peuvent s’étendre aux cuisses, aux pieds et parfois aux bras.

Un signe très évocateur : les symptômes s’exacerbent dans les situations d’immobilité forcée (vol long-courrier, cinéma, théâtre, dîner prolongé) et s’atténuent lorsque l’attention et la motricité sont mobilisées (conduite, bricolage, tricot). À l’inverse, une tolérance parfaite des longs trajets en avion doit faire reconsidérer le diagnostic.

Les mouvements périodiques des membres

Près de 80 % des patients présentent des mouvements périodiques des membres pendant le sommeil : des flexions brèves et répétées de la cheville, des orteils et du genou, survenant par séries toutes les 20 à 40 secondes. Rarement perçus par le patient, ils sont parfois rapportés par le conjoint. Ils ne sont toutefois pas spécifiques du SJSR : on les retrouve aussi chez des personnes sans symptôme, et leur fréquence augmente avec l’âge.

Quelles conséquences sur le sommeil et la vie quotidienne ?

Trois patients sur quatre rapportent des troubles du sommeil : difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, nuits raccourcies (parfois 4 h 30 à 6 h). Le retentissement diurne prend plutôt la forme d’une fatigue, de troubles de l’attention ou d’une humeur dépressive que d’une véritable somnolence. Les patients atteints de SJSR ont 2 à 5 fois plus de risque de présenter un trouble anxieux ou dépressif que la population générale. Chez l’enfant, le SJSR peut se manifester par de l’irritabilité, une agitation motrice ou des difficultés attentionnelles, qui peuvent faire évoquer à tort un TDAH.

Pourquoi a-t-on des jambes sans repos ?

La cause exacte reste inconnue, mais trois mécanismes sont bien établis :

  • Une prédisposition génétique, avec plusieurs variants identifiés (MEIS1, BTBD9, MAP2K5 notamment) et une forte composante familiale.
  • Un dysfonctionnement du système dopaminergique, qui explique l’efficacité des traitements agissant sur la dopamine.
  • Un déficit en fer dans le cerveau, même sans anémie : le fer est indispensable à la fabrication de la dopamine. Les études d’imagerie montrent une diminution du fer cérébral chez les patients.

Facteurs favorisants ou aggravants à rechercher systématiquement

  • Carence en fer (ferritine basse), grossesse (20 à 30 % des femmes au 3ᵉ trimestre), insuffisance rénale chronique
  • Privation de sommeil, horaires irréguliers, apnées du sommeil
  • Excès d’excitants : café, thé, alcool, tabac
  • Anxiété, dépression
  • Certains médicaments : la plupart des antidépresseurs (notamment sérotoninergiques), neuroleptiques, lithium, antihistaminiques. Ne les modifiez jamais sans avis médical, mais signalez-les à votre médecin.

Quels examens sont nécessaires ?

Après l’interrogatoire et un examen neurologique, le bilan comporte systématiquement une prise de sang avec au minimum une hémoglobine et une ferritine. Le consensus français recommande une ferritine supérieure à 50 µg/L, voire 75 µg/L, chez les patients atteints de SJSR. Un bilan rénal et une glycémie à jeun peuvent compléter le bilan selon le contexte.

La polysomnographie n’est pas nécessaire pour poser le diagnostic. Elle est réalisée au cas par cas : doute diagnostique, sommeil très perturbé ou somnolence inexpliquée par la sévérité du SJSR, suspicion d’apnées du sommeil, SJSR résistant à un traitement bien conduit, ou chez l’enfant avant tout traitement médicamenteux autre que le fer. Elle permet de quantifier les mouvements périodiques des membres et d’écarter une autre pathologie du sommeil. Pour en savoir plus, consultez notre article : La polysomnographie, l’examen de référence pour comprendre votre sommeil.

La sévérité est évaluée par l’échelle IRLS, un questionnaire de 10 items noté sur 40 : léger (≤ 10), modéré (11-20), sévère (21-30), très sévère (≥ 31). Un agenda des symptômes sur 14 jours aide à en suivre l’évolution.

Comment traiter le syndrome des jambes sans repos ?

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Prise en charge : les étapes

1

Hygiène de vie

  • Limiter café, thé, alcool
  • Activité physique modérée
  • Horaires de sommeil fixes
  • Revoir les médicaments
2

Corriger le fer

Fer oral ou intraveineux si ferritine ≤ 75 µg/L (même sans anémie)

Première mesure

3

Ligands α2δ

Gabapentine, prégabaline, gabapentine énacarbil

1ʳᵉ intention (AASM 2025), faible risque d’augmentation ; hors AMM en France

4

Avis spécialisé

Agonistes dopaminergiques (situations particulières)

Opioïdes si forme sévère et réfractaire

Le choix et le suivi du traitement relèvent toujours du médecin prescripteur.

Parcours de prise en charge du SJSR selon les recommandations actuelles.

Mesures simples au quotidien

  • Limiter les excitants (café, thé, chocolat, colas, alcool) et le tabac.
  • Pratiquer une activité physique modérée, de préférence pas en soirée.
  • Se coucher et se lever à heures fixes ; éviter les activités stimulantes en fin de journée.
  • Dormir dans une chambre fraîche.
  • Pendant une crise : marcher, s’étirer, se masser les jambes, appliquer du chaud ou du froid, occuper son esprit. Ces gestes soulagent immédiatement, mais brièvement.

La correction du fer, première étape

Selon les recommandations internationales, un traitement par fer est proposé lorsque la ferritine est inférieure ou égale à 75 µg/L, indépendamment d’une anémie, par voie orale ou intraveineuse selon le bilan. Chez certains patients, cette seule mesure réduit nettement les symptômes.

Les traitements médicamenteux

La recommandation de l’American Academy of Sleep Medicine (AASM, 2025) place les ligands α2δ (gabapentine, prégabaline, gabapentine énacarbil) en première intention : ils soulagent les symptômes avec un faible risque d’aggravation à long terme. En France, la gabapentine et la prégabaline n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans cette indication : elles y sont prescrites hors AMM, sur décision médicale. Les médicaments qui disposent d’une AMM dans le syndrome des jambes sans repos sont le ropinirole, le pramipexole, la rotigotine et, pour les formes sévères après échec du traitement dopaminergique, l’association oxycodone/naloxone. Les agonistes dopaminergiques (ropinirole, pramipexole, rotigotine), longtemps utilisés en première ligne, restent efficaces mais sont désormais réservés à des situations particulières. Ils exposent au syndrome d’augmentation (symptômes plus précoces, plus intenses, s’étendant à d’autres parties du corps) et aux troubles du contrôle des impulsions (achats compulsifs, jeu, hypersexualité). Ces traitements ne doivent jamais être arrêtés brutalement et imposent un suivi régulier. Les opioïdes sont réservés aux formes sévères et réfractaires, sur avis spécialisé.

Quand consulter ?

  • Impatiences fréquentes (plus de deux fois par semaine) qui retardent l’endormissement ou fragmentent vos nuits.
  • Fatigue, troubles de l’attention ou baisse de moral que vous reliez à ces symptômes.
  • Symptômes apparus pendant une grossesse ou dans un contexte de carence en fer, d’insuffisance rénale ou de prise d’un nouveau médicament.
  • Aggravation des symptômes sous traitement (signes d’augmentation) ou apparition de comportements impulsifs inhabituels.
  • Chez l’enfant : plaintes de « jambes qui bougent », agitation au coucher, antécédents familiaux de SJSR.

Au Centre du Sommeil de Provence, à Aubagne, près d’Aix-en-Provence et de Marseille, nous recevons adultes et enfants dès 5 ans pour le diagnostic et le suivi du syndrome des jambes sans repos, avec si besoin un enregistrement polysomnographique. Découvrez notre page dédiée au syndrome des jambes sans repos.

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Pour aller plus loin, retrouvez nos autres conseils pour mieux dormir et notre article sur l’apnée du sommeil, fréquemment associée au SJSR.

Références

  1. Leclair-Visonneau L, Vecchierini MF, Schröder C, Charley Monaca C. French consensus: how to diagnose restless legs syndrome. Rev Neurol (Paris). 2018;174(7-8):508-514. doi:10.1016/j.neurol.2018.06.001 — version française : Comment poser le diagnostic d’un syndrome des jambes sans repos ? Médecine du Sommeil. 2019;16:97-105. doi:10.1016/j.msom.2018.10.002
  2. Allen RP, Picchietti DL, Garcia-Borreguero D, et al. Restless legs syndrome/Willis-Ekbom disease diagnostic criteria: updated International Restless Legs Syndrome Study Group (IRLSSG) consensus criteria – history, rationale, description, and significance. Sleep Med. 2014;15(8):860-873. doi:10.1016/j.sleep.2014.03.025
  3. Tison F, Crochard A, Léger D, Bouée S, Lainey E, El Hasnaoui A. Epidemiology of restless legs syndrome in French adults: a nationwide survey: the INSTANT Study. Neurology. 2005;65(2):239-246. doi:10.1212/01.wnl.0000168910.48309.4a
  4. Allen RP, Picchietti DL, Auerbach M, et al. Evidence-based and consensus clinical practice guidelines for the iron treatment of restless legs syndrome/Willis-Ekbom disease in adults and children: an IRLSSG task force report. Sleep Med. 2018;41:27-44. doi:10.1016/j.sleep.2017.11.1126
  5. Winkelman JW, Berkowski JA, DelRosso LM, et al. Treatment of restless legs syndrome and periodic limb movement disorder: an American Academy of Sleep Medicine clinical practice guideline. J Clin Sleep Med. 2025;21(1):137-152. doi:10.5664/jcsm.11390

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale.

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